[lit-ideas] Hommage à Hélène Rytmann Legotien

  • From: adriano paolo shaul gershom palma <palmaadriano@xxxxxxxxx>
  • To: Lit-Ideas <lit-ideas@xxxxxxxxxxxxx>
  • Date: Tue, 17 Nov 2020 13:48:56 +0100

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From: Dugnani Federica <federica.dugnani@xxxxxxxx>
Date: Tue, Nov 17, 2020 at 11:24 AM
Subject: [tlm] ACRAN - Hommage à Hélène Rytmann Legotien
To: <tlm@xxxxxxxx>


Hélène Rytmann-Legotien (1910-1980) était une chercheuse en sciences
sociales, juive française, militante communiste et résistante durant la
Seconde Guerre mondiale, sous le nom d'Hélène Legotien.
Mais ce qui est retenu d'elle et de sa vie aujourd'hui, c'est qu'elle a été
assassinée par strangulation par son compagnon, le philosophe Louis
Althusser (1918-1990), le 16 novembre 1980 aux alentours de 9h dans leur
appartement de fonction à l'ENS, dans l'actuel pavillon Pasteur.

Nous écrivons pour commémorer sa mort et honorer sa mémoire. Nous saluons
l'intellectuelle, la militante, la résistante.
Dans ce geste, il est essentiel de revenir sur les circonstances de son
assassinat. La manière dont il a échappé à toute analyse politique et
féministe a entravé la possibilité d'une mémoire juste et digne d'Hélène
Rytmann-Legotien.
La thèse de la démence d'Althusser s'est immédiatement imposée pour
justifier son acte, soutenue par la direction de l’École Normale
Supérieure, l'élite intellectuelle et les médias de l'époque. Le crime
ainsi épongé dans un instant de folie tragique, dans l'abstraction de tout
contexte socio-politique, est classé sans suite quelques mois plus tard et
le meurtrier est acquitté. La mise en scène du criminel souffrant, de
l'assassin victime, relègue Hélène Rytmann-Legotien au second plan de son
propre meurtre.

Le traitement pathologisant de cet assassinat est un exemple canonique des
mécanismes d'occultation de la violence masculine en tant que phénomène
social. L'évacuation médiatique de toute référence aux rapports sociaux de
genre, et la certitude que le meurtre doit s'expliquer par la psychologie
de l'assassin, contribuent à dépolitiser l'affaire, voire à disculper
l'assassin lui-même.
Les crimes dans le cadre conjugal hétérosexuel sont trop souvent
particularisés, renvoyés au fait divers, dans un déni complet des
statistiques et de tout facteur sociologique. Ce meurtre n'est pas un cas
exceptionnel, il s'agit d'un féminicide : il faut le resituer dans le cadre
du système patriarcal en France.  Lorsque Louis Althusser assassine Hélène
Rytmann-Legotien en l'étranglant à mort, c'est un homme, un conjoint, un
intellectuel dans une position de pouvoir, qui tue une femme.

Quarante ans après l'assassinat d'Hélène Rytmann-Legotien par Louis
Althusser, nous continuons de lutter contre le système patriarcal qui passe
sous silence de tels actes et leur permet de se produire, contre les
féminicides, contre les hommes de tous milieux qui tuent les femmes. Nous
continuerons de dénoncer cette violence meurtrière passée sous silence et
perpétuée impunément. Plus que la justice, nous voulons la fin de la
domination masculine.

ACRAN (Action Collective Radicale Antipatriarcale à Normale).

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