[Helpc] Les pollueurs de réseaux P2P se bousculent au portillon

Les pollueurs de réseaux P2P se bousculent au portillon

Par Estelle Dumout
ZDNet France
29 juillet 2002






Des étudiants français disent avoir mis au point, à leur tour, un
arsenal censé combattre l'échange de fichiers sous copyright via des
réseaux peer-to-peer. Des «acteurs internationaux du marché des médias»
auraient été contactés... 
Les utilisateurs des systèmes gratuits d'échange de fichiers seront-ils
bientôt considérés comme les pires criminels du net? Aux États-Unis, une
loi visant à autoriser les majors du disque et les studios d'Hollywood à
s'introduire dans les ordinateurs de présumés pirates vient d'être
présentée aux parlementaires. Certaines sociétés entendent bien surfer
sur la vague pour leur vendre leurs solutions, censées faciliter la
«pollution» des réseaux de Kazaa et consorts avec des fichiers dégradés.

Dans le sillage de l'américain Overpeer et de son concurrent français
P2P Overflow, dont ZDNet a déjà présenté les activités (lire notre
article
<http://news.zdnet.fr/zdnetfr/news/story/0,,t118-s2119234,00.html>  du
16/07/02), une équipe de chercheurs français décide de sortir de
l'ombre. Issus de l'Ecole centrale de Lille, une antenne locale de la
célèbre école d'ingénieurs parisienne, ces scientifiques disent
travailler sur un projet qu'ils ont baptisé "Retspan", comme ils l'ont
déclaré publiquement par voie de communiqué en fin de semaine dernière. 
«L'idée de polluer les réseaux P2P dans le but de gêner et compliquer le
piratage nous est venue progressivement, au moment même où ces réseaux
commençaient à pulluler», raconte à ZDNet Didier Wang, l'un des trois
créateurs de Retspan.
Ce projet a été monté «dans la plus grande confidentialité», dixit le
communiqué, pour ne pas en «amoindrir l'impact». Et s'il doit
soudainement faire parler de lui, c'est pour des questions évidentes de
positionnement, pour ne pas se faire distancer par des concurrents déjà
"déclarés". 
Mais pour l'instant, le contour même de ce "projet" reste encore assez
flou. Officiellement, aucun statut juridique n'a été déposé, aucune
société n'a encore été fondée pour développer et commercialiser une
quelconque solution logicielle. «Nous avons contacté plusieurs
responsables de l'industrie des médias au sujet de Retspan», poursuit
Didier Wang. «Ayant retenu leur attention, nous avons pu rencontrer
plusieurs équipes, qui nous ont permis d'approfondir et de préciser
notre projet.» Motus et bouche cousue sur le financement et le nom des
sociétés intéressées, «pour raisons de confidentialité», nous
explique-t-il par courrier en réponse à nos questions.

Un logiciel détecteur de fichiers piratés

Qu'ont-ils concrètement à proposer à leurs futurs partenaires? «Il
s'agit d'un ensemble de méthodes (...) qui font appel à des logiciels
déjà existants ou bien spécialement développés par [notre] équipe, et à
divers matériels permettant de déployer physiquement Retspan», précise
le créateur. 
La tactique habituelle consiste à distiller des fichiers dégradés dans
les systèmes d'échange pour convaincre leurs utilisateurs de se tourner
vers les solutions payantes, censées garantir un certain niveau de
qualité. «Nous ne souhaitons pas la mort des réseaux P2P (...) cela
reviendrait à priver les utilisateurs honnêtes d'un outil précieux», se
défend Didier Wang. Il ne veut pas leur «mort», juste leur «régulation»
- par la loi, la technologie et la pédagogie, dit-il. 
Les initiateurs de Retspan affirment également être capables
d'identifier les utilisateurs des réseaux via leur adresse IP, malgré
les assurances des propriétaires de Kazaa et des autres logiciels,
garantissant un anonymat absolu à leurs fidèles. «Les utilisateurs
doivent être conscients qu'il est possible de les identifier avec
précision et de les poursuivre en justice s'ils violent les droits
d'auteur», martèle ainsi le communiqué officiel de Retspan. 
Autre fonction dans l'arsenal qu'entend déployer Retspan: «la
distribution d'un logiciel capable d'étudier le contenu d'un ordinateur
afin de détecter la présence éventuelle de fichiers piratés». Mais il
n'est pas question d'aller effacer «par effraction» ces fichiers sur les
ordinateurs, tient à préciser Didier Wang. 
C'est pourtant précisément ce que prévoit le projet de loi déposé le 25
juillet au bureau de la Chambre des représentants à Washington. Et comme
il nous le glisse au détour de l'interview: «Nous souhaitons
systématiquement nous assurer que nos solutions n'enfreignent pas les
lois et les règles communément admises. Par conséquent, si les lois
évoluent, nous nous y adapterons afin de profiter des nouveaux moyens
disponibles, dans la limite des possibilités offertes. Nos contacts avec
l'industrie des médias nous apportent beaucoup au sujet de cette
réflexion sur la légalité et l'éthique de nos propositions.»

Que devient le droit à la copie privée?

Toujours selon notre interlocuteur, l'identification des fichiers se
fait entre autres en étudiant les mots-clés qui y sont rattachés. «Un
fichier MP3 ou Divx présent sur un ordinateur n'est pas forcément
louche, en théorie», explique-t-il. «Surtout s'il est établi d'après les
propriétés du fichier que son auteur est l'utilisateur du poste
informatique. Par contre quelle qu'en soit l'origine, rien ne justifie
le fait de trouver un fichier sous copyright dans le répertoire partagé
d'une application P2P.»
Avec une telle artillerie au service de la protection des droits
d'auteurs, ne faut-il pas craindre que le droit à la copie privée,
également reconnu par la loi, ne soit réduit à la portion congrue? «Le
principe de base est simple», rétorque Wang. «Nous voulons empêcher
l'échange de fichiers MP3 sous copyright. Le droit à la copie privée est
un droit personnel, par définition incompatible avec le concept du
peer-to-peer, qui consiste à mettre un fichier ou un programme à
disposition du grand public.» 
Selon lui, c'est à l'utilisateur de faire sa propre copie privée, à
partir de son exemplaire original. Et non pas de télécharger un album
qu'il possède déjà via Kazaa ou d'autres systèmes, puisque celui qui les
propose est en infraction. «Les notions de copie privée et de réseaux
peer-to-peer ne devraient pas avoir de liens», conclut-il.
 
 
 
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Shaka( Rudy)
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